flag-CA
Canada
Allemagne
Australie
Autriche
Belgique
Canada
Chine
Corée du Sud
Danemark
Espagne
Etats-Unis (USA)
Finlande
France
Grèce
Hong Kong
Irlande
Israël
Italie
Japon
Lettonie
Luxembourg
Maroc
Monaco
Norvège
Nouvelle-Zélande
Pays-Bas
Pologne
Portugal
Royaume-Uni (UK)
Singapour
Suisse
Suède
Taiwan
Thailande
Vietnam
Comment passer du bon temps avec des amis d’enfance? par Jordan Rémillieux

Comment passer du bon temps avec des amis d’enfance? par Jordan Rémillieux

La plupart des gens préfèrent les tout-inclus de Cancun ou le voyage de pêche au Baskatong. Pour nous trois, une semaine en fatbike au Nunavik! Étant pilote d’avion dans le Grand Nord Québécois depuis plusieurs années, j’ai décidé il y a de cela 6 mois de tenter une nouvelle expédition en mode bikepacking. Ayant complété avec succès une traverse à vélo entre les villages de Tasiujaq et Kuujjuaq je me sentais prêt pour une nouvelle aventure.

Le problème?

Trouver des gars assez crinqués pour partir une semaine en fatbike et faire 200 km de vélo dans la toundra en autonomie totale n’est pas une mince affaire. Après une soirée passée avec mon ami Alexandre Dufresne, je lui partage mes idées et mon désarroi face à la difficulté de trouver des acolytes pour ce projet. Ayant vécu le décès soudain de son père l’année précédente, Alexandre a soif de défis et me propose d’un coup de tête de m’accompagner dans cette folle aventure. Je lui dis qu’il est peut être mieux de dormir là-dessus, histoire de laisser mûrir l’idée. Quelques jours plus tard, il me recontacte : “ Hey, on va toujours au Nunavik?” Je suis étonné de voir que l’idée lui est restée! J’ai maintenant un partner!

Puis, pendant la semaine. Je contacte un autre bon ami, question de voir si je peux me permettre l’audace d’avoir un deuxième partner. Félix-Antoine Brunet, un gars calme et posé dans toute situation, m’indique sans hésiter que lui aussi se joindrait à nous pour ce voyage.

Nous avions maintenant une équipe de choc! Je sais à ce moment que peu importe l’issue de notre expédition, nous nous garantissions un maximum de fun.

L’itinéraire était simple. Prendre un avion jusqu’à Puvirnituq , de là se diriger vers le sud pour essayer de rejoindre le village d’Inukjuak. Environ 200 km de toundra séparent ces deux villages car au Nunavik aucune route carrossable ne relie les différents villages entre eux. L’avion est le principal mode de transport, mais quelques fois par semaine certains chasseurs inuits utilisent aussi la motoneige pour rejoindre un village voisin. C’est en regardant par la fenêtre de mon cockpit et en voyant les grands sentiers de neige se dessiner sous mes yeux que m’est venue l’idée de traverser des villages à vélo.

Nous arrivons tous a Puvirnituq et établissons un plan de match pour les prochains jours. La météo semble bien moins bonne que les prévisions. Nous avons seulement une semaine pour tenter une traverser alors nous prenons la chance de partir et, si la météo se détériore, nous limiterons nos déplacements et notre kilométrage.

Notre stratégie est de se lever aux aurores et de profiter du gel de la nuit afin de maximiser nos chances de couvrir le plus distance possible et d’avoir de bonnes conditions de neiges.  Nous sommes loin de nous douter que plusieurs obstacles se placeront sur notre route pendant notre séjour.

Pour commencer, après moins d’un kilomètre, le dérailleur arrière d’Alexandre se casse. Nous sommes forcés de retourner au village afin de tenter des réparations. Nous sommes à plusieurs centaines de kilomètres du magasin de vélos le plus près. Seulement quelques heures plus tard, un collègue de Puvirnituq offre de nous prêter son fatbike pour notre semaine. Nous sommes sauvés! 

Quelques heures après notre première tentative, nous sommes de retour dans la toundra. La température est douce malgré un fort vent de face, nous avons le moral! En quittant le village, nous avons la surprise de voir les enfants de la communauté faire du traineau à chien, un igloo et de la pêche sur la glace. Une journée culturelle était prévue à l’agenda sans que nous le sachions. Les enfants sont impressionnés par nos vélos aux roues surdimensionnées et nos bagages qui débordent. Les adultes, eux, sont perplexes. La question qui revient le plus souvent?

“But why?”

“Why not!” que je leur réponds du tac au tac.

D’un air découragé, les inuits nous conseillent de rester prudents et vérifient du coin de l’œil notre équipement. Le tourisme d’aventure est complètement inexistant à Puvirnituq et les blancs du sud viennent généralement travailler plutôt que partir à vélo chargés comme des mules.

Après plusieurs heures à pousser nos vélos direction sud, nous trouvons les quelques traces de motoneige qui forment la trail qui devra nous amener vers inukjuak. La météo est difficile, nos vêtements commencent à être trempés par la pluie, la neige et le vent qui s’abat sur nous. Après plus de 7h d’effort nous décidons de monter la tente pour la nuit. Je jette un coup d’œil à mon GPS et nous n’avons parcouru qu’un maigre 20 km pour notre première journée!

En montant la tente, nos corps se refroidissent, nous nous assurons de solidifier le tout contre les vents et la pluie qui s’acharnent sur nous. Nous commençons à réaliser l’ampleur de notre état.  Nous sommes complètement trempés et notre température corporelle chute rapidement. En rentrant dans la tente, Félix-Antoine commence à montrer des signes d’hypothermie. Il se change rapidement avec des vêtements secs et enfile son manteau de duvet. Pour ma part, je ressors pour retendre la toile de notre tente. Je peine à planter les piquets, mes muscles se raidissent avec le froid. Je replonge dans la tente où je me change, mes vêtements sont tellement mouillés que j’ai l’impression d’avoir un wetsuit sur le corps. Alexandre, quant à lui, est en bien meilleure position, son manteau de meilleure qualité a mieux résisté à la pluie.   Nous sommes maintenant bien au sec, notre première journée s’avère beaucoup plus corsée que prévu. Nos vêtements de jour sont inutilisables, nous devons nous rendre à l’évidence. Continuer à avancer vers le sud en utilisant nos derniers vêtements encore secs serait très risqué car tous nos vêtements pour la nuit sont en duvet .Nous prenons donc la décision de demander de l’aide au village avec notre balise de détresse et de revenir avec une équipe search and rescue.

L’équipe qui arrivera plus de 16h plus tard est constitué des meilleurs chasseurs du village. Les inuits sont étonnés de nous voir dans notre petite tente. Ils utilisent généralement le tupik, une tente de tissue spacieuse et chauffe par un petit poêle qu’ils transportent avec eux en motoneige. Ils nous offrent tout de même de l’aide et s’assurent que notre équipe est en bonne santé. D’une part , j’ai beaucoup de respect pour ses hommes qui connaissent ce désert blanc comme le fond de leur poche mais je sais aussi qu’ils vont bien se moque de nous pendant les veilles a venir!

Le retour au village en motoneige prendra 40 minutes… Ce qui nous aura demandé 7 heures d’effort continu semble si rapide. La météo est tout de même très mauvaise et nous sommes satisfaits de notre décision de revenir au village. Je suis particulièrement déçu de ne pas pouvoir continuer à avancer vers Inukjuak.

Alexandre propose de faire de plus petites expéditions, simplement rouler et rester à une distance d’une journée de marche du village. Je trouve l’idée bonne considérant la météo qui nous empêche de faire la grande traverse (j’apprendrai plus tard que pendant plusieurs jours les vols vers Inukjuak auront été annulés en raison de la météo).

Nous partons cette fois-ci direction Nord, l’idée est de faire un igloo à une vingtaine de kilomètres du village. Cela pourrait servir de camp intermédiaire si nous voulions tenter une traversée vers Akulivik. La journée se passe bien, le vent et la neige semblent s’être calmés même si nous progressons très lentement. Encore une fois, les conditions nous permettent très peu de vélo. Nous poussons les vélos la plupart du temps. Un nouveau sport est né, le “bikepushing”! Je crois que nous sommes tranquillement en train d’en devenir les champions.

Vers 4h de l’après-midi, nous commençons la construction de l’igloo. Ayant fait quelques petits igloos dans le passé, je sais que c’est une tâche qui demande beaucoup de temps et de précision, surtout pour un igloo capable de couvrir trois personnes. Après plus de 4h d’effort, l’igloo avance bien et monte en hauteur. La fermeture du toit de l’igloo est la partie la plus difficile. Pour faire plus simple, nous décidons de finir en mode stade olympique. Une toile bleue nous servira de toit amovible.

Bien installés dans notre igloo, nous sommes très satisfaits de l’espace dont nous jouissons. C’est bien plus grand que notre tente. Le repas du soir sera festif, nous sommes en meilleure position que pendant notre première tentative en tente. Pendant la nuit, je sens le vent qui se lève. La toile bien tendue et ancrée sur nos vélos commence à battre au vent. La poudrerie entre soudainement dans notre igloo par tous les petits trous laissés sous la toile. Je commence à sentir la neige qui s’accumule en fine couche dans notre igloo. Au matin, je réalise que c’est un blizzard qui balaie notre igloo depuis plusieurs heures. Je jette un coup d’œil à l’extérieur et la visibilité est très faible. Le réveil est inquiétant : nos sacs de couchage et tous nos bagages sont recouverts d’une couche de 5cm de neige. La toile qui nous sert de toit menace également de céder, après avoir battue au vent toute la nuit.Nos sleepings bags en duvet étant désormais mouillés, nous espérons que le blizzard ne nous confinera pas à notre igloo pendant plusieurs jours.

J’aimerais bien pouvoir rentrer au village sans avoir à appeler les secours une seconde fois en une semaine! Les hommes du village se moqueraient de nous pendant beaucoup trop longtemps! Je sais aussi que dans la même région que nous, un chasseur manque toujours à l’appel. Il se serait perdu dans de la mauvaise visibilité et les communautés de Puvirnituq et dAkulivik sont toujours à sa recherche. Finalement, le temps de plier bagage la visibilité s’améliore. La neige fraichement tombée a effacé nos traces de la veille mais nous avions prévu le coup et nous rebroussons chemins en naviguant au GPS. Cette fois-ci nous revenons au village par nos propres moyens et nous nous décernons la médaille d’or toute catégorie du bikepushing!

Pour finir notre semaine, notre plan est d’aller rejoindre un campement sur une île de la Baie d’Hudson. Environ 30 km nous séparent de ce camp de pêche. La météo des derniers jours a laissé place à une neige durcie par le vent et le froid et nous pouvons finalement couvrir de grandes distances sans défoncer la croûte de neige. Nous profitons d’un vent de dos puissant et notre progression est bonne. En arrivant à l’endroit indiqué sur la carte, nous faisons face à plusieurs îles de roche et de glace mais aucun campement. Après de nombreuses minutes de recherche, nous décidons donc de simplement camper en tente.

Le paysage est plat et le relief ne nous permet pas de nous mettre à l’abri du vent. Forts de notre nouvelle expertise en construction d’igloos, nous montons rapidement un muret de neige face au vent dominant et notre tente se retrouve à l’abri des éléments. Bien installés, nous nous félicitons d’avoir monté un campement aussi rapidement et sans anicroches.

C’est notre campement le plus prêt de l’habitat naturel des ours polaires et nous redoublons de précaution afin de ne pas avoir de visiteurs pendant la nuit. Même si nous n’avons vu aucune trace pendant la journée, mes amis, visiblement un peu inquiet, me rappellent qu’un ours polaire peut sentir sa proie à plusieurs dizaines de kilomètres. Je m’endors en écoutant attentivement les bruits du vent et de la neige qui nous entourent.

Au matin, la météo est très bonne, la neige est toujours aussi dure malgré un vent de face de 60 km/h notre progression pour retourner au village est constante. Autour de nous, tout est plat. Les seuls repères identifiables sont des inukshuk (monticule de pierre) qui guident notre retour. Après une journée à se faire venter, nous décidons de nous permettre le luxe de dormir dans un campement de pêcheurs en périphérie du village. Le confort d’un plancher sec est sublime!

Notre aventure arrive à sa fin et nous prenons le temps de faire un récapitulatif. Malgré les difficultés météo et les conditions de neige médiocres nous avons réussi à faire plus de 100 km. Le moral de mes amis m’aura impressionné, eux qui n’avaient jamais mis les pieds au Nunavik, se sont retrouvés dans les pires conditions. Ils ont toujours eu une attitude positive malgré le vent et la pluie ont réussi à continuer à avancer tête baissée. Cela nous a aura permis de passer un de nos meilleurs moment à vie!

La plus grande difficulté du fatbike en mode expédition est définitivement notre dépendance aux conditions météo. Un peu trop de neige ou des températures trop élevées et hop, on est de retour en mode bikepushing. Comme toute bonne aventure, nous en étions déjà à planifier d’autres projets pour l’année prochaine…

  • Qualité
  • Prix
  • Valeur
En cours d'envoi
Avis des utilisateurs
0 (0 votes)
Comments Rating 0 (0 reviews)
Close Menu
×

Cart

Gagnez un sac de guidon
BB Packer gratuit

Inscrivez-vous à notre infoletttre pour participer au concours. Valide du 2 juin au 22 juin. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.